L’Eglise catholique romaine, ailleurs comme au Cameroun, ne fait pas bon ménage avec les sectes, mais alors pas du tout. Et comme elle n’est pas peu puissante dans notre pays, Paul Biya ne pouvait prendre le risque de se la mettre à dos à la veille de l’élection présidentielle. Aussi a-t-il préféré quitter la Rose-Croix. Est-ce le début de la fin de “l’Etat sectaire ?”
Mieux vaut tard que jamais. Depuis des lustres, la presse camerounaise a fait ses choux gras de l’appartenance affichée de Paul Biya à la Rose-Croix. Le petit peuple en a rit ou s’en est plaint, mais rien n’y a fait : le président était et restait rosicrucien. Son proche entourage aussi. Au point que tous les postes de décisions semblaient définitivement acquis aux fraters.
Ainsi, en 1994, notre confrère La Sentinelle dénombrait dans un gouvernement de 47 membres, 17 rosicruciens. A ces 17 ministres, il convenait d’ajouter le président Biya lui-même et Edzoa Titus, à l’époque Secrétaire général de la présidence de la République. Une présidence de la République où les rosicruciens étaient (et son encore) légion : du chef d’Etat-major particulier du président Biya, le colonel Benae Mpeke au colonel Ebogo Titus, le commandant de la Garde présidentielle, ou même le chef de bureau à courrier, on ne les compte plus, ces proches collaborateurs du chef de l’Etat membres de la Rose-Croix. Résultat : de nombreux Camerounais avaient fini par penser que le plus court chemin menant au gouvernement passait par une loge rosicrucienne !
Ainsi allaient les choses jusqu’à ces derniers mois, lorsque certains prélats camerounais, las de voir le pouvoir politique se compromettre (pour Rome, l’appartenance à l’Eglise catholique est antinomique de l’appartenance à la Rose-Croix), font parvenir un message au président Biya : il faut “désectariser” l’Etat. Dans le même temps, la rumeur d’une candidature de Victor Ayissi Mvodo, un chrétien à la limite de la bigoterie, à l’élection présidentielle, se met à enfler. Et la rumeur encore, mais pas seulement elle, laisse entendre que cette candidature dissidente, l’Eglise catholique pourrait la soutenir.
La neutralité de l’Eglise au prix fort
Or la candidature d’Ayissi Mvondo est déjà en soi une belle épine dans le pied de Paul Biya en tant qu’elle est de nature à jeter le trouble dans “ son électorat automatique ”. Si en plus, elle bénéficie du soutien de toute ou partie de la puissante Eglise catholique !…
Il n’en faut donc pas plus pour que Paul Biya accepte de donner les gages.
Source
Le Messager n°559 du 11 Novembre 1996
Par T.E.N